Lettre à une maman qui doute

Dimanche 11h, salle de bains, heure de la douche. Ton enfant fait la tête. Tu lui demandes pourquoi. Il ne sait pas. Tu réitères la question. Il ne sait pas. Tu hausses une énième fois le ton, comme souvent depuis quelques temps. Vous vous énervez tous les deux. La situation est bloquée. Tu désespères. Tu te dis que tu ne comprendras jamais ton enfant. Que tu es pour lui la pire mère qui soit et…

STOP !

Une minute là ! T’as pas l’impression de prendre un mauvais raccourci ?

Dis-moi, quelle mère ne s’est jamais posé la question de savoir si elle était une bonne mère pour ses enfants ?

Quelle mère ne s’est jamais dit : « Il en a après moi », « Je ne m’occupe pas assez bien de lui », « Je dois avoir un problème ».

Quelle mère n’a jamais douté en écoutant les conseils d’autres mamans, copines, collègues ? Ces mêmes conseils qui, au fond d’elle-même et de façon inconsciente, remettent en question ses capacités ? A les entendre, ça a l’air pourtant si simple. Alors pourquoi, toi, tu n’y arrives pas ?

Tu veux que j’te dise pourquoi ? Personne ne connaît mieux ton enfant que toi. Et crois-moi, tu es la meilleure mère qui soit pour lui.

Parce qu’en lisant le résultat du test de grossesse ce jour-là, tu as ouvert ton cœur à cet être qui vivait  déjà au fond de toi. Parce que tu l’as sûrement attendu longtemps, qu’il t’en a fallu des combats pour l’avoir cet enfant, ou simplement parce qu’il est arrivé par « accident », que tu ne le prévoyais pas dans ton planning de working-girl, ou parce que tu saurais qu’il te faudrait l’élever seule pour un tas de raisons. Mais tu l’as aimé. Tout de suite ou après quelques jours, semaines ou mois -et tu as culpabilisé pour ça.

Parce que tu l’as porté 9 mois et tu t’es inquiétée pour lui avant même qu’il ne vienne au monde. Tu l’as caressé du bout des doigts en contemplant le ventre arrondi qu’il te faisait. Parfois même, tu paniquais car tu ne le sentais plus bouger. Mais très vite il revenait à la charge à légers coups de pied. D’ailleurs,  dans les dernières semaines de ta grossesse, tu t’impatientais à l’idée de le rencontrer cet enfant. Tu avais tant de choses à lui dire, tu voulais déjà le serrer tout contre toi.

Parce qu’au moment du travail, tu as craint pour sa vie plus que pour la tienne. Craint que ça ne se passe pas bien, que son cœur se fatigue si ça durait trop longtemps. Craint qu’il n’y ait un problème, que ça vienne encore de toi.

Parce que lorsque la sage-femme l’a posé contre ton ventre, tout de suite ou après quelques heures, tu en as sûrement pleuré.

Parce qu’une fois seule dans ta chambre, à la maternité, tu as vidé toutes les larmes de ton corps. Tu t’es sentie si vide. Ces neuf mois étaient les plus beaux de ta vie, tu ne te rendais pas compte à quel point. Et c’était déjà terminé. A présent, devant toi, un petit être sans défense, si léger et fragile, qui ne dépend que de toi.

Parce que tu t’inquiétais lorsqu’il pleurait sans que tu n’en saches la raison. Toi, tu étais là pour le rassurer, le câliner. Et que lorsqu’il était malade, tu restais à ses côtés pour le consoler, lui dire qu’il allait très vite guérir.

Parce que tu as souvent pleuré. Tu as maintes fois regretté de ne pas l’avoir écouté quand il avait cette chose si importante à te dire. De ne pas avoir joué avec lui quand il te sollicitait. D’avoir haussé le ton, de l’avoir fessé peut-être. Le manque de temps, la fatigue…

Parce qu’à mesure que cet enfant grandit, avec ses apprentissages, ses joies, ses maladresses, tu voudrais revenir en arrière. Tu te prends souvent à comparer ses photos, à différents moments de sa vie. D’ailleurs, tu t’entends souvent dire « Comme le temps passe vite ». Et pourtant, tu es impatiente à l’idée de découvrir ce dont il est capable. Tu le sais plein de ressources et il t’étonne de jour en jour.

Parce qu’au fond, tu es sa mère tout simplement. Que tu es la seule à le comprendre. C’est encore une « mini-portion », mais c’est avec son grand cœur d’enfant qu’il est capable de pardonner tes erreurs et tes maladresses. Parce qu’une mère, il n’en aura jamais qu’une et bien qu’elle soit dure parfois, elle sait aussi se montrer aimante, indulgente et compréhensive. Aucune autre femme ne pourra prendre TA place de mère.

Alors oui, des erreurs tu en as fait et tu en feras encore, ça je te le garantis. On te jugera sans doute pour ça. Et après ? Tu n’es pas parfaite, loin de là : mais ça existe, les mères parfaites ? Tu te poseras encore mille et une questions. Tu te sentiras nulle, inutile, incomprise peut-être. Mais ça passera. Il y a toujours des caps à passer et tu oublieras vite. Non, tu n’es pas une mauvaise mère. Tu es celle qu’il faut pour ton enfant. Tu es une maman qui doute, comme toutes les mamans du monde…

Comme moi.

Voilà ce que j’aurais aimé qu’on me dise. Voilà ce que j’aurais aimé savoir avant de me lancer dans l’aventure de la maternité, à deux reprises.

En fait, cette lettre, il faudrait vraiment… que je me l’envoie…

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